J'en arrive ici,
J'ai déjà peur de ce que je vais écrire, déjà peur de ne plus savoir pleurer...
J'ai décidemment atteint le fameux et redoutable désespoir...
Chaque jour qui passe, je m'enfonce un peu plus dans cette grotesque et sordide mascarade et je joue à rire et je joue à apprécier, et je m'adonne à plaire, et je m'adonne à tricher...
Je connais les humains, non pas pour en faire partie, mais pour les avoir observés durant leurs perpétuelles manipulations, dont je fus le principal pantin, agité, tordu et retordu sans précautions par des fils au bout desquels, ces personnes avides d'arriver à leurs fins, s'amusaient à me manier et à me voir languir de ma peine.
Mon corps est roué de coups. Mon coeur, atteint d'une profonde blessure, et à présent immunisé contre la douleur, ne sent plus rien.
J'ai pourtant essayé, de me confondre parmi ces aliénés, j'ai moi aussi goûté à la barbarie, à l'hypocrisie et à la stupidité.
Mais qui suis-je donc pour oser prétendre être au dessus de tout ça?
J'ai découvert depuis peu, que le sentiment le plus fiable, le plus authentique, était bel et bien la cruauté.
Je n'ai pas eu besoin de creuser beaucoup pour m'en apercevoir.
En effet, il n'y a rien de plus pur que le sadisme, la malveillance et la convoitise, contrairement à la clémence, l'indulgence et la générosité dans lesquelles reste diluée cette petite goutte amère d'hostilité, d'intérêt, et de perfidie que l'on s'empresse de chasser, de refouler, d'étouffer lorsqu'il lui arrive par mégarde de faire surface et de provoquer sur le paisible et tranquille fleuve de notre belle et douce conscience, cet inévitable et léger remous qui ne parvient d'ailleurs plus à nous déstabiliser, que nous avons appris à accepter, et auquel nous nous sommes incontestablement accoutumés.
Les humains savent d'ailleurs pertinemment tout cela.
Leur inconscient les trahit, souvent...parfois.
Pourquoi croyez-vous qu'un grand nombre d'entre eux aient l'étonnante faculté de pouvoir aduler et croire en un être fictif plutôt qu'en l'un d'entre nous?
Dieu...la plus grande bêtise que l'être humain ait pu inventer.
J'aurai pourtant aimé y croire également...
Je suis navrée de devoir porter atteinte aux religions si souvent...
Je dois bien leurs reconnaître une utilité...
Si celles-ci n'existaient pas ,s'il était démontré par je ne sais quel moyen que ''cette puissance'',ce devoir d'être "bon", ce risque de "payer" pour nos débauches n'étaient qu'utopies...que deviendrions- nous ou plutôt que serions-nous?
Le monde serait inévitablement un champ de bataille...
Vous rétorquerez, si justement, qu'il l'est tout de même, j'y consens, et constate avec peine le plus insoutenable, le plus ignominieux qui est, que, même les religions censées nous assagir, nous "bonifier", nous servent de prétexte à nous entretuer.
Pourquoi avoir besoin d'inventer toutes ces merveilleuses histoires, tous ces indénombrables contes qui nous font rêver ...Tout simplement pour ancrer dans l'esprit de chacun que nous savons être bons, que nous pouvons aimer et qu'il nous arrive d'accomplir des actes glorieux.
Pourquoi tous ces films sanglants, ces récits de meurtres pour lesquels chacun s'abandonne et prend un goût particulier, un certain plaisir à suivre ?
Appétit de "mal" que nous ne prenons même plus peine à cacher...
Tout simplement pour distraire et calmer notre appétence naturelle de cruauté, que nous nous gardons bien, cette fois-ci, de révéler.
Souvent aussi pour se plaire à ressentir cette si grande et illustre compassion, que nous aimons dévoiler puis étaler présomptueusement , et crier à qui veut bien l'entendre.
ô honorable sentiment! ô âme si pure!
J'ai peur de ne plus adhérer à l'amour, à l'amitié et à tout ce qui puisse me sauver de la déchirure que m'infligent la trahison, le pêcher, et le vice auxquels je suis également mêlée ,malgré moi, depuis longtemps...
Je n'ai plus foi en rien, ni en personne. Je ne veux pas parler de lui. Je ne veux plus.
Il sait ce que je ressens.
Il est surement ma seule faiblesse, peut-être mon unique force.
Chacun le prendra comme bon lui semble.
Je n'ai nulle crainte à dire aujourd'hui, qu'il est le seul qui me retienne ici.
Le seul capable de me pousser à me contredire, puisque je me rappelle soudainement que je ne devais pas parler de lui.
Ce jour, impavide, qui se lève sans arrêt, cette injuste nuit qui tombe et qui fuit... Cette inflexible lumière qui éclaire cette brillantissime terre, réchauffe les coeurs de ces êtres héroïquement héroïques et les capots luisant de ces monstres dans lesquels nous aimons nous afficher, derrière toutes nos inventions et nos gadgets...Illumination de notre propre et "auto-dérision" ...
Rien ne sera jamais capable de nous abreuver, il en faudra toujours plus.
Nous vivons dans la lumière des ténébreuses et sombres personnes que nous sommes.
Et nous ne nous cachons pas.
Et nous nous donnons en spectacle,un spectacle bien consternant.
Nous sommes odieusement ridicules, à rechercher ce "bonheur".
Le bonheur... une blême chimère, plus impalpable que tout le reste.
Le malheur, la souffrance, si vraies, si intenses, et pourtant,...illusions...
Quand comprendrons-nous enfin que le plaisir tue, que derrière tout ce qui puisse nous le procurer se cache une grande part d'indicible, de minable et d'honteux ?...
Je dois me l'avouer à présent, je me dois de vous le dire, bien que vous le sachiez surement déjà : Le bonheur n'existe pas.
"Le bien", "le mal" s'entremêlent si remarquablement....
"Le bonheur", "le malheur" ne jouent pas l'un sans l'autre...
Et nous inventerons, et nous inventerons encore et encore...
et nous désirerons et nous désirerons toujours un peu plus fort...
et nous nous mentirons, et nous nous mentirons sans craindre d'avoir tort...
et nous nous blesserons et nous nous blesserons sans le moindre remord...
J'ai grandi dans le but prétentieux d'aider le monde à devenir meilleur.
Je sais maintenant qu'il en est incapable, et c'est certainement ce qui fait "mon malheur" ...
J'ai évolué dans le dessein d'apporter quelque chose aux gens.
J'ai appris à souffrir de leurs actes délictueux, et à les voir, faire couler le sang.
Je regarde la terre crever de ses abominables ébats, et c'est pourtant moi, qui ne m'en relève pas.
Je n'ai plus peine à dire, que je redoute bien plus la vie que la mort.
(*) J'aimerai tout de même lui dire merci, encore une fois, pour la personne qu'il est, et le fait qu'il soit là. (*)